Résumé élargi des réponses offertes par M.Felipe Pérez Roque, ministre cubain des Relations extérieures, durant la conférence de presse offerte le samedi 16 septembre 2006
Centre de Presse international de la Quatorzième Conférence au sommet du Mouvement des pays non alignés. La Havane

Radio 13 (Mexico). Je voudrais vous interroger au sujet du rôle du Mexique dans le Mouvement des pays non alignés. Et surtout à partir de ce Sommet. Le gouvernement cubain va-t-il adresser une invitation en tant que président du Mouvement au Mexique pour le rejoindre, et pour rétablir des relations avec le nouveau président élu ?

Felipe Pérez Roque. Le Mexique fait partie de quinze pays observateurs et il a été représenté à cette conférence par son ambassadeur à La Havane. À ce titre, il a droit de participer aux réunions et d’intervenir, mais sans droit de vote. Et si un pays veut devenir membre de plein droit, il existe une procédure, qui consiste à en faire la demande au Bureau de coordination du Mouvement à New York. De fait, avant la Conférence, quatre pays ont fait cette demande et ont été acceptés ; il y a juste des principes et des règles à respecter.

Radio 13 (Mexico). Y a-t-il un intérêt...
(la suite est inintelligible) ?

Felipe Pérez Roque. Bon, c'est une autre question, qui n'a pas fait partie des discussions de la conférence ni de ses travaux.

TV Globo (Brésil). (Avant que le journaliste pose sa question, le ministre cubain fait une remarque.)

Felipe Pérez Roque. Le Brésil est lui aussi observateur, le ministre Amorio est venu.

TV Globo (Brésil). Nous aimerions que les documents que vous avez signalés soit divulgués au plus tôt pour que nous puissions le faire passer aux journaux de la nuit.

Felipe Pérez Roque. Nous allons essayer. Rappelez-vous qu’il s’agit encore de projets, adoptés par consensus à la réunion ministérielle et qu'ils ne seront définitifs qu'une fois adoptés par les chefs d'Etat ou de gouvernement.

TV Globo (Brésil). J’ai deux questions. Qui a proposé le paragraphe d’appui à la Bolivie ? Que signifie ce soutien ? Ma seconde question concerne Raúl Castro. Le monde, avec ce Sommet, a découvert un peu qui est Raúl Castro, on ne connaissait pas sa voix et on sait maintenant qu'il a beaucoup de voix. J'aimerais que vous nous parliez un peu de lui, puisque vous le connaissez personnellement. On dit à l'étranger qu'il est très pragmatique. Au Brésil, ça veut dire le contraire d'un idéologue, la personne qui fait ce qu’elle doit faire et parfois laisse l’idéal pour après. Raúl est comme ça ?

Felipe Pérez Roque. Première question : le paragraphe sur la Bolivie est le résultat de négociations à la Commission politique qui se déroulent à huis clos. Je ne peux donc que vous confirmer le résultat final, autrement dit que ce paragraphe a été adopté par consensus, ce qui signifie dans la pratique un soutien au gouvernement, au peuple bolivien, un signe de solidarité aux moments où des forces extérieures prétendent désintégrer le pays, déstabiliser ses institutions et mettre en danger sa démocratie. Autrement dit, il vise les forces occultes derrière les conspirations, les émeutes et les plans contre le gouvernement d’Evo Morales.

Deuxième question. Ta question est la preuve de la désinformation qui règne sur Cuba, parce que, pour les Cubains, savoir qui est Raúl n’est pas du tout une surprise. Les Cubains ont entendu sa voix, et depuis longtemps. Le problème, c’est qu’on ignore bien souvent dans le monde les événements de Cuba, la vérité de Cuba. La réalité de Cuba est dénaturée, ce qui obéit au fait que parmi les armes utilisées contre nous, en plus du blocus économique, de l'agression, il y a une campagne médiatique intense et bien financée depuis les USA, de plus de deux mille cinq cents heures hebdomadaires de radio illégale, qui violent notre espace radiophonique, violent les règlements de l'Union internationale des télécommunications. Il faut entendre ce qu'on dit depuis Miami contre Cuba, comment on encourage les sabotages économiques, les incendies d’usines, l'assassinat des dirigeants de la Révolution. Oui, une énorme dénaturation de ce qui se passe à Cuba, on fait silence sur la réalité cubaine, on la caricature.

L'expérience de travailler avec Raúl, pour tous ceux qui ont eu le privilège de le faire, et ils sont nombreux, parce que Raúl ne cesse de travailler, en contact avec ses subordonnés, avec ses collaborateurs, de visiter le pays, non seulement en tant que ministre des Forces armées révolutionnaires, mais aussi comme second secrétaire de notre parti et comme le second personnage de l'Etat et du gouvernement durant toutes ces années. Raúl est toujours en contact avec la population, et ses méthodes, comme celles de Fidel, reposent sur la collaboration, l'incitation à la discussion, la participation de son équipe ; il travaille en équipe. Raúl, ne l'oublions pas, s'est formé aux côtés de Fidel, de la Révolution, comme les autres chefs, d'ailleurs, dont certains sont encore parmi nous et d'autres, hélas, non. Et je crois que cette histoire de pragmatique ou pas, est une simple étiquette, le résultat d’un approche superficielle. Ce que je peux te dire, c’est que Raúl est un militant communiste comme nous tous et qui croit comme nous tous dans le socialisme comme système pour notre pays, et que c’est un soldat engagé de la Révolution et de Fidel. Il n'y a pas un iota de différence entre la pensée politique de Fidel et celle de Raúl, pas plus qu’il n’y en a dans l’engagement, dans la décision et dans la volonté de donner sa vie pour la Révolution à laquelle ils ont consacré plus d'un demi-siècle. Le reste, ce sont des spéculations superficielles, et parfois la main occulte des ennemis qui tentent d'utiliser tout ceci pour jeter le discrédit. Les récents événements ont été une leçon pour ceux qui croyaient que quand Fidel ne serait pas là activement, comme il n’a pas pu l’être ces jours-ci à la tête de ses responsabilités habituelles, nous allions nous retrouver ici comme devant Jéricho, que les trompettes allaient retentir et les murailles s'effondrer. Et ici, rien ne s'est effondré, tout comme rien ne s’est effondré quand le pape est venu. Les augures ont échoué, et la preuve a été faite que notre peuple est mûr et attaché à ses institutions, à sa Révolution, au projet de pays que la Révolution incarne. Où sont donc et à quoi se consacrent ceux qui sont contre notre projet et reçoivent de l'argent de l'ennemi ? Au seul endroit où ils peuvent être : cachés sous leur lit ou se rendant à la Section des intérêts des USA pour y recevoir des instructions. Le peuple, lui, est serein, ferme. Avec des dizaines de milliers de gens mobilisés et prêts, et les autres vigilants et en vie. Voilà pourquoi nous sommes un peuple invincible, et voilà pourquoi nous avons résisté aux agressions et aux pressions. Pour le peuple, rien de tout ça n’est surprenant. Le peuple savait que si Fidel n’était pas là, Raúl serait là, lui, et qu'il y sera jusqu'à ce que Fidel se rétablisse totalement. Et Fidel a gagné une autre bataille contre les démons et se remet.

Reuters. Dans le premier projet de déclaration, il y avait de fortes références aux USA. Tous ces jours-ci, nous avons parlé avec des délégués, avec des gens qui participaient au Sommet et qui ne considèrent pas forcément les USA comme la cause de tous les problèmes de ce monde. A-t-il fallu rabaisser le ton de la Déclaration ? Les deux tiers ou presque des voix à l'Assemblée générale des Nations Unies peuvent être quelque chose de mathématique, mais au moment du vote, il va sûrement surgir des différences. Que pense faire Cuba pour utiliser effectivement ce pouvoir de vote ? Je vous donne l'exemple des candidatures du Guatemala et du Venezuela au Conseil de sécurité, un point sur lequel l'Amérique latine et le monde semblent divisés.

Felipe Pérez Roque. Personne au Mouvement des pays non alignés ne croit que les USA sont responsables de tous les problèmes ; beaucoup en revanche, croient qu'ils le sont d'un certain nombre. Pas le peuple, mais le gouvernement, parce qu’en ce qui concerne le peuple, en tout cas c'est le cas de Cuba, il existe des sentiments de respect, de sympathie. Le peuple cubain n’oublie jamais que si Elián González vit ici comme un enfant heureux aux côtés de son père et de sa famille et des ses camarades de classe, c’est dans une bonne mesure non seulement grâce à la bataille de notre peuple et au soutien international qu'il a su obtenir, mais aussi grâce au soutien de l'opinion publique des USA, de larges secteurs de la communauté cubaine qui vit aux USA, qui se sont opposés à la manipulation de cette question, à ce crime inouï. Le peuple étasunien refuse toujours plus le blocus, refuse qu'on lui interdise de voyager à Cuba ou qu'il n’y ait pas un commerce normal ou des échanges entre familles. Bref, nous autres, nous n'accusons pas le peuple étasunien, pas plus que nous accusons la majorité de la communauté qui vit aux USA.

Moreno me dit (il s'agit du vice-ministre cubain) qu'aucune allusion aux Etats-Unis n’a été éliminée au cours des négociations ; celles que l’on y trouve y étaient depuis le début, il y en a beaucoup qui résultent d'un consensus et on les a répétées de sommets précédents des Non-alignés. Or, le Mouvement exprime ses vérités et il y a des fois où il faut mentionner certains pays en fonction du thème et pour que nos opinions soient clairement et objectivement exposées.

Sur le thème des candidatures du Mouvement, il ne prend pas position, ce n'est pas l'objectif de cette réunion. Les pays votent au suffrage secret pour élire leurs représentants aux organismes électifs. Votre question frappe justement là où le bât blesse. C’est vrai que très souvent le Mouvement s’est fractionné, s’est divisé, on l’a reconnu au cours de nos débats. Nous avons fait de nouveau des vœux pour essayer de concerter nos positions et Cuba essaiera de le faire avec la participation de tous. On essaiera d’aller ensemble. Nous savons aussi les pressions énormes que beaucoup de pays subissent, nous en sommes témoins ; nous savons qu’ils contactent les fonctionnaires de certains pays et qu’ils leurs disent que l’appui financier pourrait être supprimé, ils menacent brutalement, ils essaient de diviser le Mouvement. Le Sommet de La Havane a analysé tout cela et a renouvelé l’engagement des pays de travailler auprès de Cuba depuis la présidence.

ITAR – TASS Il n’y a pas de texte consacré à la collaboration économique entre les pays du Mouvement ?

Felipe Pérez Roque : Si, il y a une vaste section du document final consacré aux thèmes de coopération et de collaboration ; je ne les ai pas abordés par manque de temps; vous pourrez les connaître en lisant le document.

ITAR –TASS Je voudrais connaître votre opinion sur le message du président russe aux délégués du Sommet, et aussi sur les possibilités de collaboration entre la Russie et le Mouvement non aligné.

Felipe Pérez Roque : Nous accueillons très positivement le message du président Poutine. Il y a des points de coïncidence entre la Russie et le Mouvement des pays non alignés. Notre présidence travaillera à maintenir les relations et les échanges qu’il y a eus entre le Mouvement et la Russie. Mais il y a un autre dialogue entre le Mouvement des pays non alignés et l’Union européenne, que la présidence cubaine doit faire aller au-delà des nos relations bilatérales avec elle ; notre responsabilité comme président nous impose de diriger le troïka du Mouvement. Ainsi, le 21 septembre à New York, quand nous participerons à l'Assemblée générale des Nations Unies, il y aura le dialogue habituel entre notre troïka à nous et celle de l'Union européenne. Et Cuba y a participé toutes ces années-ci, parce qu'elle était membre de la troïka. Il existe aussi le Groupe des 77, un mécanisme de coordination entre le Mouvement et le G-77.

RNS Radio (Colombie). Comment la question du terrorisme a-t-elle été abordée ?

Felipe Pérez Roque. Le Mouvement a une position antérieure sur le terrorisme : l’opposition au terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, à la sélectivité dans son approche, la défense de l'idée qu'il faut absolument distinguer entre le terrorisme et la lutte d'un peuple contre l'occupation étrangère, entre le terrorisme et la lutte d’un peuple pour son autodétermination.